Objectif 15 : restauration et résilience des écosystèmes

D’ici à 2020, la résilience des écosystèmes et la contribution de la diversité biologique aux stocks de carbone sont améliorées, grâce aux mesures de conservation et restauration, y compris la restauration d’au moins 15 % des écosystèmes dégradés, contribuant ainsi à l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à ceux-ci, ainsi qu’à la lutte contre la désertification.

Messages principaux

  • Les terres, territoires et forêts des peuples autochtones et des communautés locales jouent un rôle primordial pour la conservation des stocks mondiaux de carbone, le développement de la résilience des écosystèmes, l’atténuation des changements climatiques et l’adaptation à ces changements. Ils continuent toutefois d’être détruits et détériorés par des interventions externes.
  • Des peuples autochtones et des communautés locales à travers le monde œuvrent à la protection et à la restauration de leurs terres, souvent sur la base de la défense du territoire et de leurs savoirs traditionnels et systèmes coutumiers d’utilisation durable des ressources.
  • Néanmoins, les contributions des peuples autochtones et des communautés locales exigent une reconnaissance et un soutien beaucoup plus importants, et les mesures de protection doivent être améliorées afin de réduire les effets des changements climatiques sur ces peuples et communautés, et leur permettre d’accroître leurs contributions à cet objectif.

Signification de l’objectif 15 pour les peuples autochtones et les communautés locales

« La Nation Ts’msyen du nord de la Colombie-britannique subit actuellement les effets des changements climatiques et du développement industriel dans la région. Les régimes des précipitations changent, des sécheresses se produisent, les températures des océans augmentent, et l’industrie menace chaque jour notre mode de vie et l’écosystème côtier. Un soutien est requis de la part de tous les secteurs et du gouvernement pour protéger notre mode de vie et aider les peuples autochtones et les communautés à se mobiliser pour faire progresser les énergies propres, pour un avenir durable neutre en carbone dont nous avons désespérément besoin pour maintenir l’augmentation globale des températures en dessous de 1,5°C. »

— Braden Etzerza, Première Nation metlakatla

Les peuples autochtones et les communautés locales à travers le monde ressentent déjà les graves effets des changements climatiques, en particulier ceux qui dépendent directement de l’environnement local pour leurs besoins quotidiens. Cet objectif 15 les concerne donc tout particulièrement. Ils se trouvent dans une position favorable pour contribuer à la conservation et à la restauration des écosystèmes, à cause de leur relation intime avec leurs terres et ressources,1 mais des subventions néfastes, des politiques de développement inappropriées, et une absence durable de reconnaissance des droits fonciers coutumiers dans de nombreux pays signifient qu’ils ont encore des difficultés à préserver les forêts et les écosystèmes contre la destruction environnementale à grande échelle perpétrée par des acteurs externes.2 Les savoirs autochtones et locaux sont particulièrement précieux pour la restauration écologique et le développement de la résilience, mais ils continuent d’être sous-estimés et sont souvent encore négligés dans les programmes de restauration écologique.3 De manière générale, les contributions et les préoccupations des peuples autochtones et des communautés locales en lien avec l’objectif 15 sont encore insuffisamment reconnues, sur le terrain et dans les instances politiques concernées.4

Contributions et expériences des peuples autochtones et des communautés locales relatives à l’objectif 15

« Je veux être un bon ancêtre. Les engagements des peuples autochtones pour l’action climatique garantissent que nous pensons aux sept générations à venir. »5

— Chef Howard Thompson, Haudenosaunee

Les peuples autochtones et les communautés locales jouent un rôle crucial dans la préservation de la santé des écosystèmes sur leurs terres, et leurs actions contribuent de manière significative à la résilience globale des écosystèmes. Globalement, au moins 22 % (218 gigatonnes) de l’ensemble du carbone dans les forêts tropicales (y compris le carbone stocké en surface et le carbone stocké sous terre) est stocké sur les terres forestières collectives des peuples autochtones et des communautés locales, et au moins un tiers de ce carbone se trouve dans les zones où le régime foncier des peuples autochtones et des communautés locales n’est pas formellement reconnu.6 Les terres communautaires ont généralement des taux de déforestation et des émissions de carbone forestier plus bas que d’autres zones, et conservent des niveaux de diversité biologique plus élevés, avec pour conséquence des paysages plus résilients.7 Cela est dû en partie à une plus grande durabilité des systèmes coutumiers de gestion des ressources naturelles, basés sur des savoirs traditionnels, tels que les savoirs relatifs à l’amendement des sols et à la gestion du feu,8en comparaison avec des formes d’utilisation plus intensives.

Alors que des incendies faisaient rage dans de nombreuses régions d’Australie fin 2019 et début 2020, libérant au moins 409 700 000 tonnes métriques de dioxyde de carbone9— plus de la moitié des émissions de carbone du pays de l’ensemble de l’année 2018 — des scientifiques et des décideurs politiques appelèrent à un renouveau des systèmes10 aborigènes de gestion des incendies pour reconstruire la résilience des écosystèmes et éviter des catastrophes similaires qui libèrent du carbone à l’avenir. À titre de comparaison, les incendies en Amazonie brésilienne en 2019 ont émis 392 000 000 tonnes métriques de dioxyde de carbone. Les feux de brousse australiens ont ravagé plus de six millions d’hectares, dont les forêts de parcs nationaux, avec des fumées atteignant même l’Argentine.11Les incendies ont dévasté de nombreuses communautés et le nombre d’animaux tués est estimé à 480 millions.12

« Les États doivent comprendre que nous sommes les gardiens de ces territoires, de notre Terre nourricière, tout comme le fait que la forêt amazonienne et les autres écosystèmes dans lesquels nous vivons sont l’espoir de la planète. Nous les femmes et les jeunes autochtones sommes en première ligne pour défendre les droits des peuples autochtones, et nous sommes désormais confrontés au changement climatique sur nos territoires et nous pouvons fournir des solutions à cette préoccupation mondiale, et l’évoquer partout à des fins de plaidoyer politique. »

— Rayanna Maximo Franca, jeune autochtone du peuple Baré, Réseau des jeunes autochtones du Brésil

Les communautés travaillent également activement à la restauration et au reboisement des environnements dégradés. Trois exemples différents sont présentés dans ce chapitre : en Colombie, des peuples autochtones plantent des arbres, nettoient des sources d’eau, et améliorent la gestion des déchets (encadré 34) ; à Antigua-et-Barbuda, la communauté de Barnes Hill restaure un réservoir communautaire abandonné et ses alentours (encadré 35) ; en Galice, en Espagne (encadré 36), un mécanisme juridique basé sur des systèmes traditionnels de régime foncier communautaire a permis à la communauté de Froxán et à d’autres de reprendre le contrôle de leurs terres et de travailler à la restauration de l’environnement dégradé.

Héctor Jaime Vinasco taking part in community reforestation efforts. Credit: RCMLP.
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Héctor Jaime Vinasco participant à des efforts de reforestation. Photo : RCMLP.
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Encadré 34 : Héctor Jaime Vinasco, Conseil de direction du Resguardo Cañamomo

Étude de cas : restauration et reboisement du Resguardo autochtone Cañamomo Lomaprieta, Colombie

Le Resguardo autochtone Cañamomo Lomaprieta13 en Colombie a été créé par mandat royal de Carlos I d’Espagne en 1540. Il couvre 4 837 hectares et touche 32 communautés. L’histoire de Cañamomo Lomaprieta s’est centrée principalement autour de la défense du territoire ; ses réserves d’or abondantes incitaient les conquistadores à fonder des villages sur le territoire autochtone, et il est devenu un centre de l’esclavage. Les habitants autochtones furent exploités presque jusqu’à l’extermination.

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Sharing information on plants near the Barnes Hill community reservoir, Antigua and Barbuda. Credit: Timothy Payne.
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Partage d’informations sur les plantes près du réservoir de la communauté de Barnes Hill, Antigua-et-Barbuda. Photo : Timothy Payne.
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Encadré 35 : Leonard Philip, Organisation pour le développement de la communauté de Barnes Hill

Étude de cas : combattre la sécheresse grâce à la renaissance d’un réservoir historique : communauté de Barnes Hill, Antigua-et-Barbuda

La population de la communauté de Barnes Hill collabore à la restauration du réservoir de sa communauté, construit dans les années 1890 pour alimenter le village en eau douce en période de sécheresse, mais qui était tombé en désuétude et dans un état de délabrement. Les pénuries d’eau dues à une période de sécheresse récente de quatre ans ont eu de graves répercussions, non seulement sur les plantes et les animaux, mais aussi sur la santé humaine et l’assainissement. L’infirmière du village a fait état de maladies à la clinique qui étaient directement liées à un manque d’eau pour les besoins essentiels. La sécheresse et les besoins en eau ont rassemblé la population afin de chercher des solutions, et en 2015 cela mena à la formation de l’Organisation pour le développement de la communauté de Barnes Hill.

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Encadré 36 : Joám Evans Pim, Communauté des terres communes de Froxán

Restauration des terres boisées dans la communauté des terres communes de Froxán, Espagne. Photo : Verdegaia.
Restoring the woodland at Froxán Common Lands Community, Spain. Credit: Verdegaia.

Étude de cas : adaptation au changement climatique : restauration des terres communes de la communauté en Galice, Espagne

Monte veciñal en man común(terres communes de la communauté) est un mécanisme juridique en Galice, en Espagne, qui reconnaît le régime foncier communautaire. Il est fondé sur des systèmes coutumiers traditionnels qui reconnaissaient les droits et obligations communautaires dans l’ancien système foncier féodal. Au milieu du 20e siècle, ces systèmes furent délaissés au profit de l’exploitation forestière et minière commerciale, entraînant une grave détérioration de l’environnement et un accès restreint de la communauté à ses terres. Cette désignation juridique a permis à de nombreuses communautés de reprendre le contrôle de leurs terres et de commencer à restaurer l’environnement qui se dégradait depuis les années 1970.

— Lire l’étude de cas complète

Occasions et actions recommandées

  • Les peuples autochtones et les communautés locales devraient continuer à mettre en œuvre et consolider des approches et activités communautaires pour la résilience et la restauration socio-écologiques.
  • Les gouvernements et les acteurs concernés devraient accroître la reconnaissance et le soutien aux actions locales de la communauté pour la protection, la restauration et le développement de la résilience des écosystèmes, dont l’agro-foresterie, l’agro-écologie et les systèmes traditionnels de gestion des incendies.
  • Les gouvernements et les acteurs concernés devraient pleinement reconnaître la signification et le rôle des savoirs autochtones et locaux dans la restauration écologique.
  • Les gouvernements et les organismes donateurs devraient accroître les fonds destinés au climat pour les actions des peuples autochtones et des communautés locales relatives à la résilience, à la restauration et au stockage de carbone, et améliorer les mécanismes pour rendre les fonds facilement disponibles, de manière équitable.

Ressources essentielles

References

  1. Reyes-García, V., Fernández-Llamazares, Á., McElwee, P., Molnár, Z., Öllerer, K., Wilson, S. J., Brondizio, E. S. (2018) « The contributions of Indigenous Peoples and local communities to ecological restoration »,Restoration Ecology 27(1), pp. 3–8.
  2. Grand groupe des peuples autochtones pour le développement durable (2019) Inclusion, equality, and empowerment to achieve sustainable development: Realities of Indigenous Peoples. Baguio et San Francisco : Grand groupe des peuples autochtones pour le développement durable. Disponible sur : https://www.indigenouspeoples-sdg.org/index.php/english/all-resources/ipmg-position-papers-and-publications/ipmg-reports/global-reports/124-inclusion-equality-and-empowerment-to-achieve-sustainable-development-realities-of-indigenous-peoples/file
  3. Wehi, P. M. et Lord, J. M. (2017) « Importance of including cultural practices in ecological restoration », Conservation Biology 31(5), pp. 1109–18.

    Uprety, Y., Asselin, H., Bergeron, Y., Doyon, F. et Boucher, J-F (2012) « Contribution of traditional knowledge to ecological restoration: practices and applications », Ecoscience19, pp. 225–37.
  4. Reyes-García, V., Fernández-Llamazares, Á., McElwee, P., Molnár, Z., Öllerer, K., Wilson, S. J., Brondizio, E. S. (2018) « The contributions of Indigenous Peoples and local communities to ecological restoration », Restoration Ecology 27(1), pp. 3–8.
  5. International Work Group for Indigenous Affairs (2019) « Indigenous Peoples commit to climate action at UNSG Climate Action Summit ». Disponible sur : https://www.iwgia.org/en/focus/climate-action/3469-indigenous-peoples-commit-to-climate-action
  6. Rights and Resources Initiative et al. (2018) A global baseline of carbon storage in collective lands. Rights and Resources Initiative : Washington D.C. Disponible sur : https://rightsandresources.org/en/publication/globalcarbonbaseline2018/
  7. Masson-Delmotte, V., Zhai, P., Pörtner, H., Roberts, D., Skea, J. Shukla, P. R., Pirani, A. et al. (2019) Global Warming of 1.5°C: An IPCC Special Report on the Impacts of Global Warming of 1.5°C above Pre-Industrial Levels and Related Global Greenhouse Gas Emission Pathways, in the Context of Strengthening the Global Response to the Threat of Climate Change. Bonn : CCNUCC.
  8. Butchart, S. H. M., Miloslavich, P., Reyers, B. et Subramanian, S. M. (projet) « Chapter 3. Assessing Progress towards Meeting Major International Objectives Related to Nature and Nature’s Contributions to People », in IPBES Global Assessment on Biodiversity and Ecosystem Services. Bonn : IPBES.
  9. Lombrana, L.M., Warren, H., Rathi, A. (2019) « Measuring the carbon-dioxide cost of last year’s worldwide wildfires ». Bloomberg. Disponible sur : https://www.bloomberg.com/graphics/2020-fire-emissions/
  10. Australian Broadcasting Corporation (2020) « Fighting fire with fire ». Australian Story. ABC TV. Sydney : Australian Broadcasting Corporation. Disponible sur : https://www.abc.net.au/austory/fighting-fire-with-fire/12134242
  11. Lombrana, L.M., Warren, H., Rathi, A. (2019) « Measuring the carbon-dioxide cost of last year’s worldwide wildfires ». Bloomberg. Disponible sur : https://www.bloomberg.com/graphics/2020-fire-emissions/
  12. Dickman, C. (2020) « A statement about the 480 million animals killed in NSW bushfires since September ». Sydney : The University of Sydney. Disponible sur : https://www.sydney.edu.au/news-opinion/news/2020/01/03/a-statement-about-the-480-million-animals-killed-in-nsw-bushfire.html
  13. Les resguardos indigenassont « la propriété collective des communautés autochtones pour lesquelles ils sont établis et … sont inaliénables, imprescriptibles et ne peuvent être saisis.» Source : Ministère colombien de l’intérieur (2013) Resguardo Indígena. Disponible sur : https://www.mininterior.gov.co/content/resguardo-indigena